Budget logement 2010 : L’imposture du plan Apparu

Par Nathalie Perrin-Gilbert, Secrétaire nationale au Logement.

Le Secrétaire d’Etat au logement a beau jeu d’annoncer à qui veut l’entendre ses vingt propositions pour l’organisation d’ « un service public de l’hébergement et de l’accès au logement en faveur des personnes les plus démunies ».

A l’heure où les bilans soulignent tous unanimement l’inégalité de la mise en œuvre du droit au logement sur le territoire national et les insuffisances d’une offre de logements à des prix abordables dans les départements où la demande se fait le plus sentir, le budget 2010 consacré au logement illustre bien la manière dont le gouvernement ne prend toujours pas à bras le corps la question de l’accès de tous à un logement décent.

Ainsi, l’essentiel de la hausse annoncée du budget réside dans la hausse des aides à l’accès au logement. Déjà pas si mal au vu de la crise du pouvoir d’achat des Français pourrait-on penser… Eh bien même pas ! Cette hausse ne consiste en effet pas en une revalorisation des aides au logement (qui serait pourtant bien nécessaire au vue de la hausse des loyers et des charges depuis 2000) et n’aura donc aucun impact sur le budget mensuel des ménages. Cette hausse n’est que le résultat du nombre plus élevé des bénéficiaires des aides au logement, venant témoigner ainsi de la dégradation des conditions de vie des Français. Ce n’est pas une hausse voulue par le gouvernement mais une hausse subie.

Parallèlement, la ligne budgétaire dédiée au financement de la construction de logement locatif social baisse de 15,3 % . L’Etat est-il schizophrène à ce point pour, d’un côté, définir la politique du logement comme un « grand chantier national » et, de l’autre, diminuer encore les crédits nécessaires à la mise en œuvre de ce chantier ?

De même, comment B. Apparu peut-il décemment laisser penser qu’il a entendu le message des associations qui militent et travaillent dans le champ du droit au logement et de la lutte contre les exclusions, tout en baissant les lignes budgétaires consacrées à la prévention de l’exclusion, à l’insertion des personnes vulnérables, aux dispositifs d’accompagnement social et d’hébergement d’urgence ?

En revanche, on notera la même constante chez le secrétaire d’Etat que ses prédécesseurs à soutenir les niches fiscales et laisser porter la responsabilité de l’application du droit au logement à la seule logique du marché. Ainsi pour la ligne « développement et amélioration de l’offre de logement », le montant des déductions fiscales s’élève à 11, 325 milliards d’euros, et ce sans aucune contrepartie sociale… Un manque à gagner de recettes supporté par tous pour un résultat qui ne bénéficie certainement pas aux 3, 5 millions de Français en proie à de graves difficultés de non ou mal logement.

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